Depuis notre départ de France , nous avons croisé
Depuis notre départ de France , nous avons croisé la pauvreté à peu près partout : Maroc , Cap Vert , Brésil , Antilles . Elle est omniprésente à tous les coins de rue , à tel point qu'elle fait partie maintenant de notre quotidien . Ce que je veux dire , c'est qu'on ne se contente pas de la voir à la télé le soir aux infos , nous la côtoyons dès que nous mettons le nez dehors . Je ne parle pas de la note électricité à payer , de la séance MacDo reportée à dimanche prochain et encore moins des derniers Louboutins qu'on ne pourra se payer qu'à la fin de l’année avec la prime du 13eme mois . Non , je parle de ceux qui n'ont pas l'eau courante parce que sur leur ile il n'y en a pas , je parle du paysan dont la maison est tellement délabrée qu'on ne voudrait même pas y mettre son chien , je parle du gamin du cap qui m'a suivi pendant 1 heure à travers ville pour un bout de pain , et à qui j'ai fini par offrir un festin en sachant très bien que dès que j'aurai le dos tourné , une flopée de mômes tous aussi faméliques viendraient le racketter . Je parle de ceux qui n'ont pas d'autre choix que de crever la gueule ouverte parce que leur gouvernement ne peux rien faire pour eux , pour toutes sortes de raisons d'ailleurs . Je parle aussi des animaux affamés si maigres qu'on pourrait leur faire une radioscopie à la bougie ( oui , ces espèces-là aussi me touchent , mon cœur s’amollit avec les années ) .
Et puis , il y a ces gros connards de voyageurs qui mériteraient une sodomie à coups de vilebrequin rouillé tant leurs agissements sont déplorables . Lorsque je retourne sur mon bateau à l’aspect pouilleux ( si si , on peut le dire ) , avec mon allure toute aussi pouilleuse ( on peut le dire aussi : cheveux pas coiffés , short troué, t-shirt informe et tatane déjantées ) , je peux observer des voiliers rutilants , un spectacle d’inox et de coques flambantes neuves , des yachts de 60 pied avec un équipage de clone , coutant plusieurs centaines de milliers d'euros . Mais ça encore , on pourrait le tolérer .
Ce qui est insupportable , c'est ce véritable festival du jet d'eau , même sur des unités plus petites , et donc des gens plus modestes . A chaque arrivage de bateau , le même spectacle se répète inlassablement . Le pont est arrosé à grande eau pendant des heures , que dis-je , pendant des litres d'eau , sans aucun scrupule ! certains rincent même leur avitaillement au jet pour enlever les œufs de cafards , alors qu'il suffirait de remplir un seau de javel . Puis , quand le bateau se prépare pour la grande traversée , rebelote , les festivités continuent , alors qu'ils s’apprêtent à se prendre des tonnes de vagues d'eau salée sur le coin de la gueule , ils ne trouvent pas mieux que de briquer leur coque , dès fois que ...
Quant aux lumières , ah ! Versailles , je t'ai vu sur tant de ponts , cela va des éclairages en pied de mat , à mi-mat , en haut du mat ( je ne parle pas du feu de mouillage ou du feu de hune mais bel et bien d'éclairage d'ambiance ) , en passant par les guirlandes multicolores , le tout en 220 , c'est à dire branché au ponton , qu'il y ai du monde ou pas à bord .
En fait je me suis planté . Oui , j'avais la naïveté de croire que la finalité , pour les voyageurs comme nous , c’était de se rapprocher de la nature , des valeurs authentiques , de se détacher de l'aspect matériel de notre existence , quelque chose de plus spirituel quoi ( non , je ne suis pas une fumeuse de chichon , il n'y a rien d'idéaliste ou de marginal à cette démarche , sinon nous ne serions pas aussi nombreux à l'entreprendre ) ! Soit , en nav on est oblige d’économiser énergie et eau , mais pas au point d’être en état de manque ! Parce que c'est ça en fait , on a l'impression de se trouver face à des héroïnomanes qui prennent leur dose de confort avant d'en manquer . Je vais peut être passer pour crédule , primaire ou gourde , ou tout ça en même temps mais il y encore des choses comme ça qui me trouent le fion .
Je le dis en conclusion : fô pô gâcher !